Je suis très fier d'avoir reçu le prix "Reviewer Excellence Award" 2026 de l'American Physical Society (APS) pour mon travail de rapporteur dans le journal Physical Review D.
La relecture par les pairs est un travail fastidieux, nécessaire au bon fonctionnement de la recherche scientifique mais complètement anonyme et invisible. Et pour de bonnes raisons dont j'avais déjà eu l'occasion de discuter dans un précédent article consacré à QEIOS, une plateforme de relectures ouvertes. On ne voudrait pas que les relecteurs puissent être identifiés, influencés ou intimidés. Étant donné la précarité des chercheurs, notamment des postdocs, on s'imagine aisément comment de bons rapports pourraient être monnayés contre des promesses de postes ou au contraire comment de mauvais rapports contre des figures d'autorité pourraient mettre un terme à certaines carrières.
On comprends donc qu'être rapporteur dans un journal est un travail qui est très peu valorisé, même si des initiatives essaient de le rendre plus attrayant :
- le Journal of Cosmology and Astroparticle Physics (JCAP) rémunère une trentaine d'euros la relecture d'un article, quelque soit le nombre de rapports et d'aller-retours. C'est bien, mais le taux horaire est ridicule si on considère qu'un travail sérieux prend au minimum une demi-journée (j'avoue prendre bien plus)
- ORCID met à disposition une interface de peer review à disposition pour les journaux participants au programme. Ceux-ci ont accès à une API qui leur permet de garantir le nombre de rapports effectués par un chercheur via son identifiant ORCID, le tout en anonymisant le sujet desdits rapports. Malheureusement, seuls certains journaux y participent, et ce ne sont pas les plus vertueux (Elsevier et compagnie)
- J'avais vu d'autres initiatives dans ce contexte, notamment le Web of Science Reviewer Recognition Service. Plus complet, il demande de leur envoyer la totalité des rapports écrits (en tout cas dans la version que j'avais étudié il y a quelques années: Publons). Je ne recommanderai pas, ces rapports sont censés rester confidentiels, et je ne crois pas que Clarivate, une entreprise dont le business est d'utiliser et de revendre des données scientifiques (voire d'entrainer ses propres modèles d'IA), soit la plus digne de confiance pour recevoir ces documents sensibles.
C'est dans ce contexte que l'American Physical Society a décidé de mettre en place des prix pour récompenser les rapporteurs qui font un travail remarquable. Le prix le plus connu est bien sur le programme Outstanding referees qui récompense depuis 2008 des rapporteurs sur la base de toute une carrière. Mais par construction, ce prix ne permet pas de récompenser les jeunes chercheurs qui ont finalement le plus besoin de reconnaissance pour commencer leur carrière et espérer décrocher un poste permanent. Le prix Reviewer Excellence Award vient combler ce manque depuis 2024 en récompensant des rapporteurs sur la base de leurs contributions récentes.
Je remercie donc l'équipe éditoriale de Physical Review D et l'American Physical Society pour ce prix et pour la mise en avant de ce travail de l'ombre ! Je suis conscient aussi de la chance que j'ai, et que malgré toute cette bonne volonté un grand nombre de rapporteurs ne verront pas leur travail reconnu pour autant.
English translation
I am very proud to have received the 2026 "Reviewer Excellence Award" from the American Physical Society (APS) for my work as a reviewer for the journal Physical Review D.
Peer review is a time-consuming task that's nonetheless necessary for the proper functioning of scientific research. Yet, it is completely anonymous and invisible. And for good reasons, which I've already discussed in a previous article dedicated to QEIOS, an open peer-review platform. We wouldn't want reviewers to be identifiable, influenced, or intimidated. Given the precarious situation of researchers, particularly postdocs, it's easy to imagine how favorable reviews could be traded for promises of positions, or conversely, how unfavorable reviews directed at figures of authority could bring certain careers to an end.
It's therefore understandable that serving as a reviewer for a journal is a role that receives very little recognition, even though some initiatives are trying to make it more appealing:
- The Journal of Cosmology and Astroparticle Physics (JCAP) pays about 30 euros for reviewing an article, regardless of the number of reports and rounds of revisions. That's nice, but the hourly rate is ridiculous when you consider that a thorough review takes at least half a day (I admit it takes me much longer).
- ORCID provides a peer review interface for journals participating in the program. These journals have access to an API that allows them to guarantee the number of reviews submitted by a researcher using their ORCID identifier, while anonymizing the subject of those reviews. Unfortunately, only certain journals participate in this program, and they aren't the most ethical ones (Elsevier and the like)
- I've seen other initiatives in this area, notably the Web of Science Reviewer Recognition Service. More comprehensive, it asks that all written reports be sent to them (at least in the version I looked up a few years ago: Publons). I would not recommend it, as these reports are supposed to remain confidential, and I do not believe that Clarivate, a company whose business is to use and resell scientific data (or even to train its own AI models), is the most trustworthy recipient of these sensitive documents.
It is in this context that the American Physical Society has decided to establish awards to recognize reviewers who do outstanding work. The best-known award is, of course, the Outstanding Referees program, which has been honoring reviewers based on their entire careers since 2008. However, by its very nature, this award does not recognize young researchers, who ultimately need recognition the most to launch their careers and secure a permanent position. The Reviewer Excellence Award has been filling this gap since 2024 by recognizing reviewers based on their recent contributions.
I would therefore like to thank the editorial team at Physical Review D and the American Physical Society for this award and for highlighting this behind-the-scenes work! I am also aware of how fortunate I am, and that despite all this goodwill, a large number of reviewers will still not see their work recognized.